La France de demain se construit aujourd’hui : construire et maintenir des infrastructures durables

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La France de demain se construit aujourd’hui : construire et maintenir des infrastructures durables
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Le développement économique social et environnemental passe par le développement des moyens de communication. A ce titre, les infrastructures de transport (routes, chemins de fer, aéroports, voies navigables) jouent un rôle majeur, promesse d’un pays plus fluide, vert et innovant apte à saisir l’immense potentiel de croissance de la révolution numérique et de la transition écologique. Construire et maintenir notre patrimoine c’est investir dans l’avenir. Mais notre patrimoine se dégrade, et nous devons trouver des solutions pour agir dans un contexte de crise durable, faire différemment. La route connectée avec les capteurs déjà en place et qui seront généralisés permettra de mieux anticiper les travaux à faire, orienter les dépenses de façon plus efficace.

Nous savons faire du neuf avec du vieux, utiliser de plus en plus de matériaux locaux, y compris des matériaux recyclés. C’est moins coûteux, moins impactant pour l’environnement. Pour que cela marche, il faut changer nos habitudes. Passer d’une économie de la mise au rebut à une économie plus circulaire de valorisation des matériaux issus de la déconstruction des bâtiments et infrastructures dans la construction et leur maintenance. Concrètement, nous devons sensibiliser le grand public, non pour dire que tout va mal, mais pour mettre en avant des solutions afin que celles-ci soient retenues par les décideurs publics sur le terrain.

3 points :

  • Se mobiliser pour la route durable
  • Continuer les travaux sur le recyclage du béton
  • Mettre en œuvre la filière du recyclage sur les territoires

 

© Eurovia

 

TOUT D’ABORD LA ROUTE :

Le réseau routier français compte plus d’un million de kilomètres, pour une valeur estimée d’environ 250 milliards d’euros. Un patrimoine stratégique à préserver.

 

On ne fait pas assez

Seulement 5% du réseau routier fait l’objet de travaux d’entretien chaque année en France, pour un budget total estimé de
6 milliards d’euros.

Les professionnels nous disent que l’entretien structurel n’est pas suffisamment fait, on met des pansements en cachant la misère.

Les chiffres : 400 millions de M2 à réparer par an, dont la moitié en structurel (Chiffres USSIRF, Cimbeton). En fait seuls 3 Millions font l’objet de renforcements (1/2 retraitement sur place, ½ en renforcement faible).

 

Il y a des solutions pour faire plus, autrement des routes durables

Pour construire et entretenir son réseau d’infrastructures, la France puise annuellement 200 millions de tonnes de matériaux dans ses réserves naturelles.

Les impacts : la réduction des réserves en granulats, les nuisances générées par les transports et les risques induits par le trafic des véhicules, sans oublier le délicat problème de la gestion des rebuts issus de la déconstruction d’ouvrages ainsi que de l’exploitation des gisements. Les granulats recyclés représentent aujourd’hui seulement 10% de la production de granulats en France, 90 % proviennent du décapage des routes.

Hors, les matériaux des sites à aménager ou à entretenir sont un gisement que l’on peut valoriser par :

  • Le traitement des matériaux naturels en place ou en centrale,
  • Le retraitement in situ des chaussées,
  • Le recyclage des matériaux issus de la construction-déconstruction d’ouvrages et du bâtiment est estimé aujourd’hui à 25% des besoin de la construction et des grands travaux, soit 130 millions de tonne.

La réutilisation des matériaux en place et le recyclage des matériaux constituent un facteur d’économie important puisqu’ils réduisent au minimum les déblais issus du décaissement, la mise en décharge, l’apport de granulats et le coût de leur transport. L’absence de transport de granulats ou des déblais en décharge contribue à la préservation du réseau routier, situé au voisinage du chantier. Enfin, ce sont des techniques très économiques, notamment du fait de la durée plus courte des travaux : l’économie réalisée par rapport à une solution classique est de l’ordre de 30 % environ.

 

Demain, la route verte

Une route sobre, à base de matériaux naturels. Voilà l’ambition des acteurs qui planchent sur une route « verte ». En pointe sur le sujet, l’Ifsttar travaille carrément sur des liants à base de micro-algues ou de déchets de l’industrie agroalimentaire pour remplacer les liants bitumineux et préparer l’ère post-pétrole. Avantage supplémentaire : ces matériaux prolongeraient la durée de vie des chaussées d’une vingtaine à une quarantaine d’années. 

 

Eiffage travaille sur des matériaux plus respectueux de l’environnement et étudie par exemple, via le projet européen Biorepavation, des liants ou additifs régénérants issus de la biomasse. « Ces innovations à haute valeur environnementale sont en développement continu dans nos labos et seront largement déployées dans les années à venir, en parallèle des autres fonctionnalités de la route du futur », détaille Hervé Dumont, directeur technique route chez Eiffage.

 

Dernier exemple : selon les chercheurs, le plastique repêché des océans ferait, une fois recyclé, un agrégat parfait, très résistant, qui permettrait aux routes de durer trois fois plus longtemps que l’asphalte actuel et de résister à des températures de -40 °c.

L’autre grande ambition des acteurs de l’infrastructure routière, c’est de lui faire produire et transmettre de l’énergie. Le centre de recherche d’Eurovia travaille à la mise au point d’un concept (Novatherm) utilisant de manière innovante la géothermie pour déneiger les routes ou les parkings l’hiver. Colas, de son côté, développe en Vendée Wattway, un système de dalles photovoltaïques installées sur la route, et qui supportent le passage des poids lourds. Un kilomètre de route produit déjà suffisamment d’énergie pour la consommation d’une ville de 5000 habitants. Equiper un quart des routes de France permettrait de lui assurer son indépendance énergétique, assure même régulièrement son PDG, Hervé le Bouc. Peut-être pourront-elles aussi recharger les véhicules électriques qui y circuleront : un système à induction installée sous la route, sur la voie de droite, génèrera un champ magnétique suffisamment puissant pour recharger leur batterie tout en circulant.

 

© Eurovia

 

RECYCLER LE BETON DANS LES INFRASTRUCTURES 

Sur les 260 millions de déchets du BTP, le béton représente 20 millions de tonnes de déchets de déconstruction. Les professionnels se sont mobilisés notamment avec un programme de recherche, Projet National RECYBETON lancé en 2012. Aujourd’hui 80% des bétons recyclés sont utilisés dans les sous couches routières. Nous pourrons demain construire un nouveau pont avec les matériaux issus de la démolition du pont devenu obsolète, sur place. Les professionnels mettent en place des moyens efficaces de tri des composants des matériaux, font la promotion de la déconstruction sélective des bâtiments et des structures de génie civil.  Le premier chantier expérimental réalisé dans le cadre du Projet National RECYBETON s’est tenu du 9 au 19 décembre 2013 dans la région Lyonnaise, sur le site de la société ELTS à Chaponost (69) : la pose d’un dallage d’une épaisseur de 18 cm destiné à être un parking de 2 100 m2 pour véhicules légers. Ça marche ! On sait faire du neuf avec du vieux !

 

© Eurovia

 

METTRE EN ŒUVRE LA FILIERE DU RECYCLAGE 

La loi de transition énergétique votée durant l’été 2015, le volet sur le BTP exige que 70% des déchets de chantier soient recyclés à l’horizon 2020. Elle impose aussi, au 1er janvier 2017, la reprise des déchets dans un rayon de 10km du point de vente des matériaux. Concrètement, les pouvoirs publics tablent sur une diminution de 15% des déchets de chantier, enfouis et incinérés. Face à l’ampleur des enjeux posés par la gestion des déchets, le programme national de prévention des déchets 2014-2020 fixe les déchets de BTP au rang de priorité n°1 avec pour ambition de stabiliser la production de déchets du BTP en 2020. Les professionnels se mobilisent, collectent, créent des plates-formes de tri et de recyclage. Le Syndicat National des Entreprises de démolition (SNED) projette de créer une bourse des matériaux à destination des professionnels. Mais pour assurer la transition énergétique et valoriser les déchets, les investissements doivent être à la hauteur. « Il faudrait investir 7 milliards d’euros en France », indique Jean-Marc Boursier, président de la Fnade (fédération nationale des activités de la dépollution et de l’environnement).

 

© Photos : Colas, Eurovia, Lafarge & Pouzol

 

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